Retrouver ses repères : un sofa, ça peut durer plus de deux trois ans

sofa cuir-laminé,

Les meubles jetables

On le sait maintenant, nos articles ménagers sont conçus pour durer un certain temps seulement et pour être remplacés. Avec le temps, on dirait que cette durée est de plus en plus courte. Ce qui n’est pas faux.

Si les meubles ont déjà besoin de réparation (ou d’être remplacés) après si peu d’années d’utilisation, c’est qu’ils n’ont pas été conçus pour durer très longtemps. Les manifestations d’usure qu’on observe en surface sur les recouvrements témoignent souvent d’une qualité similaire pour les bourres et les structures de ces meubles. Et s’il y a quelques années, le principalement était là : les structures n’étaient pas fabriquées pour durer. Aujourd’hui, ce sont les bourres et les recouvrements qui sont de qualité limitée.

Il en résulte des meubles conçus pour être jetés et remplacés après usage. Ceci est le meilleure qu’on a trouvé pour « faire rouler  » l’économie, jusqu’à maintenant. C’est à se demander qui « se faisait rouler? Parce qu’au final, ces meubles à petits prix peuvent finir par nous couter une fortune, à force de devoir continuellement en acheter de nouveaux.

Une sonnette d’alarme.

Voici un contact classique d’un client qui a des problèmes avec son nouveau sofa. Nous recevons ce type de contacts à chaque semaine et nous pensons qu’il est temps d’en témoigner afin d’aviser sur un état de situation face aux meubles rembourrés.

Ce récit est fictif mais largement inspiré de conversations que nous avons au quotidien avec des clients qui nous contactent pour faire appel à nos services.

Client : « J’ai un sofa dont le siège est déchiré à certains endroits et qu’on dirait qu’on s’asseoit dans le vide en dessous. Est-ce que vous faite la réparation pour ça et combien ça coute? »
LUWISS : « Oui, on est en mesure de faire ce type de réparation, mais avant, dites-moi, depuis combien de temps avez-vous votre sofa? Est-ce que c’est un sofa que vous avez acheté récemment ou s’il s’agit d’un meuble âgé? »
Client : «  Je l’ai acheté il y a environ 2 ou 3 ans. Ça fait pas très longtemps et il est moins confortable. On dirait que c’est brisé en dedans. Il le cuir se décolle. (le tissu est abimé).»
LUWISS : « En fait, c’est impossible de savoir sans voir le meuble. Il peut y avoir plusieurs raisons qui font que le sofa a perdu de son confort. Mais ma question sur l’âge de votre sofa vise surtout à déterminer le potentiel de remise à neuf de votre meuble.
Client : « Donc, est-ce que vous pouvez faire la réparation ou non? »
LUWISS : « Oui, on peut réparer votre sofa, mais la vraie question à se demander c’est : est-ce que ça en vaut le coût. Parce que de faire une telle réparation vous coûtera plus cher que le prix du sofa neuf.
Client : « Vous dites que réparer est plus cher que d’acheter un autre meuble neuf? »
LUWISS : « Pour ce type de meuble, malheureusement, la réponse est oui. Plusieurs facteurs expliquent cela et ce n’est pas parce que nos prix sont exagérés. Souvent ces meubles sont relativement abordables à se procurer. Mais pour réussir à offrir des prix aussi bas, c’est qu’il y a quelque chose qui doit être sacrifié et c’est souvent la qualité des matériaux et des structures.

Client : « Mais on m’avait dit que c’était un bon meuble. »
LUWISS :  » Je sais. Et en plus c’est difficile pour nous de déterminer si la structure est d’assez bonne qualité pour en valoir la dépense. Le problème, c’est que si la structure de votre meuble n’est pas assez solide, elle risque de se briser avant que le nouveau rembourrage et le nouveau recouvrement ne soient usés. Ce serait une  dépense mal avisée. »

Client : « Il reste quoi comme alternative? »
LUWISS : « C’est une bonne question. C’est que pour dépenser moins, ça demande de payer plus au départ. On s’en sort pas, la qualité à un prix, mais est souvent avantageuse parce qu’elle permet de moins dépenser. Mais c’est pas accessible à tous. J’en suis tout à fait conscient. »

L’idéal c’est quand on peut attendre et de mettre de côté des économies et d’arriver à son objectif : soit se procurer un meuble neuf fabriqué avec un structure robuste et des matériaux durables, soit de faire remettre à neuf un vieux meuble usagé, ceux de plus de 30 ans par exemple.
C’est certain que ces deux options auront un prix plus élevé à l’achat, mais elles seront tellement plus économiques à moyen-long terme.
C’est cette étape qu’il nous faut franchir pour se sortir de la spirale des dépenses sans fin à toujours devoir remplacer « les produits jetables» à prix abordable qu’on nous vend un peu partout. »

Client : « Facile à dire, mais pas facile à faire. »
LUWISS : « C’est tout le défi de la consommation contemporaine : il faut de l’argent pour économiser. Et le marché actuel fait tout pour nous vider les poches continuellement, sans qu’on soit en mesure d »économiser suffisamment pour se procurer de la vraie qualité, qui dure et qui, de surcroit, ne nous empoisonne pas avec ses déchets. Bon, je me calme, parce que vais encore radoter la même rengaine. »
Client : « Donc si je comprends bien, vous seriez capable de réparer mon meuble, mais ce n’est pas nécessairement une bonne idée de le faire faire. Vous voulez donc que je le jette et que j’en achète un autre? »

C’est tout le défi de la consommation contemporaine : il faut de l’argent pour économiser. Et le marché actuel fait tout pour nous vider les poches continuellement, sans qu’on soit en mesure de mettre suffisamment de côté pour se procurer de la vraie qualité, qui dure et qui, de surcroit, ne nous empoisonne pas. 

LUWISS : « En faisant ça, vous serez pris avec le même problème dans quelques années. C’est triste, mais c’est la réalité. Comme je viens de vous dire, pour vous en sortir, l’idéal sera de réussir à économiser pour éventuellement vous procurer un meuble durable, de qualité. Il sera également possible de le faire réparer au fil du temps.
J’aurais pu profiter de la situation et vous faire croire que votre meuble valait le coût pour une réparation, mais j’aurais aussi abusé de la situation. En réalité, vous avez déjà mis assez (trop) d’argent pour ce meuble.»
Client : « Je ne suis pas très contente d’entendre ce que vous venez de me dire, mais au moins merci de votre honnêteté. »
LUWISS :  » Je suis désolé de ne pas apporté de meilleures nouvelles, mais si ça peut vous aider dans votre réflexion. »

Un cas parmi tant d’autres….

Ce type de conversations arrive très souvent, trop souvent en fait.

Avant que je ne m’engage dans ce métier (à l’âge de 40 ans), je n’avais aucune connaissance sur la confection et la fabrication de sofas. Honnêtement, je n’avais même pas idée qu’on pouvait se poser des questions avant d’acheter un tel meuble. Pour moi, les principaux éléments à considérer se résumait à peu près à ceci : 1-le « look », 2-Le prix, 3-la livraison. Pour le reste, je faisais confiance à ce que le commerçant me disait.

J’étais bien loin de penser qu’il pouvait y avoir des différences majeures d’un meuble à un autre, selon sa méthode de fabrication et les matériaux choisis pour les bourres et les recouvrements. Aucun vendeur ne m’avait « allumé » sur ces différences et en aucun temps je n’avais entendu parler de productions délibérées de meubles jetables après seulement quelques mois d’utilisation, ce qu’on appelle l’obsolescence programmée.  Il ne m’avait jamais traversé l’esprit non plus qu’on oserait utiliser des tissus ou recouvrements si fragiles qu’ils ne passeraient même pas l’épreuve de la première année d’utilisation.

Était-ce l’âge de l’innocence ou de l’insouciance? Je ne saurais le dire mais c’était avant mon réveil brutal devant la réalité qui s’est révélée lorsque j’ai suivi la formation en rembourrage artisanal de l’École des métiers du meuble de Montréal.

Un comparatif : fabrication bâclée (gauche) et fabrication ultra durable (droite)

comparatif de suspension de siège, sofa spring setup comparision

Voici un premier exemple d’une confection volontairement affaiblie d’un système de suspension d’un meuble neuf (ci-desous à gauche : photo prise dans un magasin grande surface très populaire) et celui d’un meuble usagé (ci-dessous à droite : meuble d’un client datant des années 60). Avec de telles configurations, la durée de vie estimée du meuble neuf sera d’environ 1 an, tout au plus. En comparaison, la suspension du meuble de droite âgée des années 60 n’a eu besoin que de réparations mineures, soit le remplacement des cordes stabilisatrices des deux côtés et de la toile de jute. Tout le reste était encore en parfait état.

Voici un autre exemple d’une confection volontairement affaiblie, ici d’une structure de meuble. Ci-dessous à gauche on voit une section d’un bâti de meuble fait en bois franc. C’est ce type de confection que l’on retrouve dans les meubles ayant 50-60-80 ans et qui sont encore ultra solides. En comparaison, à droite, on présente la même section d’un sofa, mais ici on voit la structure d’un meuble récent (moins de 5 ans) vendu à bas prix dans les magasins grandes surfaces. Ce type de structure n’est conçue pour durer que quelques années (2-3 ans) tout au plus.

comparatif de durabilité de meubles

Pourquoi de tels écarts dans la qualité des matériaux et dans la qualité de fabrication? Simplement parce que les commerçant vendent des prix. Ils ne vendent pas de la qualité.

On vend à un prix que les clients sont prêts à payer sans hésiter, sans réfléchir. Le reste, soit la durabilité, la qualité, les déchets produits, l’exodes des emplois, tout ça n’a aucune importance. Ça n’a aucune importance parce qu’en tant que client on n’en est même pas conscient. On ne sait même pas qu’il y a des différences de qualité et que ces différences ont un impact sur la préservation de nos biens.

Comment peut-on se prémunir de quelque chose dont on est même pas au courant?

On vend à un prix que les clients sont prêts à payer sans hésiter, sans réfléchir. Le reste, soit la durabilité, la qualité, les déchets produits, l’exodes des emplois, n’a aucune importance. Ça n’a aucune importance parce qu’on n’en est même pas conscient.

Recent Posts
polyuréthane foam toxicitérevalorisation, réutilisation, recyclage