Retrouver ses repères : un sofa, ça peut durer plus d’un an

sofa cuir-laminé,

Pourquoi nous n’offrons plus de services pour les meubles de moins de 10 ans

La raison est simple. Les meubles domestiques de qualité ne présenteront pas de problème d’usure prématurée avec si peu de temps d’usage.

Si les meubles ont déjà besoin de réparation après si peu d’années d’utilisation, c’est qu’ils n’ont pas été conçus pour durer très longtemps. Les manifestations d’usure qu’on observe en surface témoignent d’une qualité très limitée des bourres et des recouvrements ainsi que des structures de ces meubles. Et il est principalement là le problème : les structures n’ont pas été fabriquées pour durer non plus.

Il en résulte des meubles conçus pour être jetés et à remplacer après usage, ceci pour « faire rouler  » l’économie. C’est à se demander qui « se fait rouler » ici? Parce qu’au final, ces meubles à petits prix peuvent finir par nous couter une fortune, à force de devoir continuellement en acheter de nouveaux.

Une sonnette d’alarme.

Voici un contact classique d’un client qui a des problèmes avec son nouveau sofa. Nous recevons ce type de contacts à chaque semaine et nous pensons qu’il est temps d’en témoigner afin d’aviser sur un état de situation face aux meubles rembourrés.

Ce récit est fictif mais largement inspiré de conversations que nous avons au quotidien avec des clients qui nous contactent pour faire appel à nos services.

Client : « J’ai un sofa dont le siège est déchiré à certains endroits et qu’on dirait qu’on s’asseoit dans le vide en dessous. Est-ce que vous faite la réparation pour ça et combien ça coute? »
LUWISS : « Oui, on est en mesure de faire ce type de réparation, mais avant, dites-moi, depuis combien de temps avez-vous votre sofa? Est-ce que c’est un sofa que vous avez acheté récemment ou s’il s’agit d’un meuble âgé? »
Client : « Ah! C’est un très bon meuble. Je l’ai acheté l’année dernière. Ça fait un peu plus d’un an. Je l’ai payé un bon 900$. C’est pour ça que je veux le faire réparer. »
LUWISS : « Désolé, j’aime pas beaucoup être porteur de mauvaises nouvelles, mais un sofa d’à peine plus d’un an d’utilisation qui est déjà déchiré et dont le confort a déjà lâché, n’est pas un bon sofa. Un bon sofa devrait normalement durer 10-15 ans sans problème pour ses tissus et bourres, voire plus de 50 ans pour sa structure, selon les matériaux et les méthodes d’assemblage utilisés. »
Client : « Donc, est-ce que vous pouvez faire la réparation ou non? »
LUWISS : « Oui, on peut réparer votre sofa, mais la vraie question à se demander c’est : est-ce que ça en vaut le coût. Parce que de faire une telle réparation vous coûtera plus cher que le prix du sofa neuf.
Client : « Vous dites que réparer est plus cher que d’acheter un autre meuble neuf? »
LUWISS : « Pour ce type de meuble, la réponse est oui. Plusieurs facteurs expliquent cela et ce n’est pas parce que nos prix sont exagérés. Il faut retenir que ces meubles ne sont pas conçus pour durer et encore moins pour être réparés. Les manufacturiers achètent leurs matériaux en très grande quantité et peuvent ainsi faire des économies d’échelles. Aussi, et on le constate bien, bon nombre de manufacturiers qui fabriquent des meubles neufs utilisent des matériaux de la moins bonne qualité possible et fabriquent leur structure de façon très rudimentaire et donc pas nécessairement solide. Leur but est de vendre un grand volume à bas prix de ces meubles, pas de faire des meubles durables que les consommateurs pourrons conserver longtemps. On veut vendre, vendre beaucoup et vendre souvent. Donc, il faut que les meubles aient des prix facilement abordables et qu’ils brisent rapidement, pour devoir les remplacer régulièrement. »
Client : « Mais on m’avait dit que c’était un bon meuble. »
LUWISS : « Je sais, les commerçants ne peuvent pas dire toute la vérité sur leurs produits, parce qu’ils savent très bien que ce qu’ils vendent n’est pas de qualité. Un meuble qui brise après à peine plus d’un an d’utilisation ce n’est pas un bon signe.
Pour qu’il en vaille le cout de faire réparer ou de remettre un meuble à neuf, il faut que sa structure soit durable. Si la structure du meuble est faible, il vaut mieux ne pas le faire. La solution rapide que vous aurez sera de le jeter et de le remplacer. Mais malheureusement, vous êtes ainsi condamné à ne vous procurer que des articles jetables. C’est difficile de s’en sortir.
L’idéal serait que vous soyez en mesure de mettre des économies de côté et d’attendre ainsi de vous procurer un meuble neuf fabriqué avec un structure robuste et des matériaux durables, ou de faire remettre à neuf un vieux meuble usagé, ceux de plus de 30 ans par exemple.
C’est certain que ces meubles auront un prix plus élevé à l’achat, mais ils seront tellement plus économiques à moyen-long terme parce que beaucoup plus durables!
C’est cette étape qu’il nous faut franchir pour se sortir de la spirale des dépenses sans fin à toujours devoir remplacer « la merde» à bas prix qu’on nous vend un peu partout. »

Client : « Facile à dire, mais pas facile à faire. »
LUWISS : « C’est tout le défi de la consommation contemporaine : il faut de l’argent pour économiser. Et le marché actuel fait tout pour nous vider les poches continuellement, sans qu’on soit en mesure de mettre suffisamment de côté pour se procurer de la vraie qualité, qui dure et qui, de surcroit, ne nous empoisonne pas. Bon, je me calme, parce que vais encore radoter la même rengaine. »
Client : « Donc si je comprends bien, vous seriez capable de réparer mon meuble, mais ce n’est pas une bonne idée de le faire faire. Vous voulez donc que je le jette et que j’en achète un autre? »

LUWISS : « En faisant ça, vous serez pris avec le même problème dans quelques mois. C’est triste, mais c’est la réalité. Comme je viens de vous dire, pour vous en sortir, il vous faudra réussir à économiser pour éventuellement vous procurer un meuble durable, de qualité, et qu’il sera possible de réparer et de remettre à neuf.
J’aurais pu profiter de la situation et vous faire croire que votre meuble valait le coût pour une réparation, mais j’aurais aussi abusé de la situation. En réalité, vous avez déjà mis assez (trop) d’argent pour ce meuble. Il faut arrêter l’hémorragie.
Enfin, vous n’avez pas à me croire sur paroles. Si vous voulez, prenez un rendez-vous pour nous visiter et je pourrai vous montrer des exemples de meubles durables et non durables. Vous serez mieux en mesure de comparer et de comprendre la situation. »
Client : « Je ne suis pas très contente d’entendre ce que vous venez de me dire, mais au moins merci de votre honnêteté. »
LUWISS :  » Ça fait parti de notre mission que d’informer sur la consommation de meubles et de proposer des alternatives à ce qu’on trouve un peu partout ailleurs. »

Un cas parmi tant d’autres….

Ce type de conversations arrive très souvent, trop souvent en fait.

Avant que je ne m’engage dans ce métier (à l’âge de 40 ans), je n’avais aucune connaissance sur la confection et la fabrication de sofas. Honnêtement, je n’avais même pas idée qu’on pouvait se poser des questions avant d’acheter un tel meuble. Pour moi, les principaux éléments à considérer se résumait à peu près à ceci : 1-le « look », 2-Le prix, 3-la livraison. Pour le reste, je faisais confiance à ce que le commerçant me disait.

J’étais bien loin de penser qu’il pouvait y avoir des différences majeures d’un meuble à un autre, selon sa méthode de fabrication et les matériaux choisis pour les bourres et les recouvrements. Aucun vendeur ne m’avait « allumé » sur ces différences et en aucun temps je n’avais entendu parler de productions délibérées de meubles jetables après seulement quelques mois d’utilisation, ce qu’on appelle l’obsolescence programmée.  Il ne m’avait jamais traversé l’esprit non plus qu’on oserait utiliser des tissus ou recouvrements si fragiles qu’ils ne passeraient même pas l’épreuve de la première année d’utilisation.

Était-ce l’âge de l’innocence ou de l’insouciance? Je ne saurais le dire mais c’était avant mon réveil brutal devant la réalité qui s’est révélée lorsque j’ai suivi la formation en rembourrage artisanal de l’École des métiers du meuble de Montréal.

Un comparatif : fabrication bâclée (gauche) et fabrication ultra durable (droite)

comparatif de suspension de siège, sofa spring setup comparision

Voici un premier exemple d’une confection volontairement affaiblie d’un système de suspension d’un meuble neuf (ci-desous à gauche : photo prise dans un magasin grande surface très populaire) et celui d’un meuble usagé (ci-dessous à droite : meuble d’un client datant des années 60). Avec de telles configurations, la durée de vie estimée du meuble neuf sera d’environ 1 an, tout au plus. En comparaison, la suspension du meuble de droite âgée des années 60 n’a eu besoin que de réparations mineures, soit le remplacement des cordes stabilisatrices des deux côtés et de la toile de jute. Tout le reste était encore en parfait état.

Voici un autre exemple d’une confection volontairement affaiblie, ici d’une structure de meuble. Ci-dessous à gauche on voit une section d’un bâti de meuble fait en bois franc. C’est ce type de confection que l’on retrouve dans les meubles ayant 50-60-80 ans et qui sont encore ultra solides. En comparaison, à droite, on présente la même section d’un sofa, mais ici on voit la structure d’un meuble récent (moins de 5 ans) vendu à bas prix dans les magasins grandes surfaces. Ce type de structure n’est conçue pour durer que quelques années (2-3 ans) tout au plus.

comparatif de durabilité de meubles

Pourquoi de tels écarts dans la qualité des matériaux et dans la qualité de fabrication? Simplement parce que les commerçant vendent des prix. Ils ne vendent pas de la qualité.

On vend à un prix que les clients sont prêts à payer sans hésiter, sans réfléchir. Le reste, soit la durabilité, la qualité, les déchets produits, l’exodes des emplois, tout ça n’a aucune importance. Ça n’a aucune importance parce qu’en tant que client on n’en est même pas conscient. On ne sait même pas qu’il y a des différences de qualité et que ces différences ont un impact sur la préservation de nos biens.

Comment peut-on se prémunir de quelque chose dont on est même pas au courant?

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