Retrouver ses repères : un sofa, ça peut durer plus d’un an

sofa cuir-laminé,

Une sonnette d’alarme.

J’écris ce blogue aujourd’hui parce que je me sens moralement concerné. Depuis quelques années déjà, chaque semaine Luwiss reçoit des appels ou des courriels de consommateurs qui se sont récemment procurés un ou des meubles neufs et qui nous contactent parce que ces nouveaux meubles ont déjà besoin de réparations. Je parle avec des gens déçus et souvent découragés de voir leur achat récent déjà abîmé après si peu de temps. Ces clients se plaignent également du mauvais confort offert par ces meubles. J’entends souvent des gens qui finalement regrettent d’avoir jeté leur bon vieux sofa, simplement parce qu’après 35 ans de loyaux services, il était un peu fatigué et moins beau, pourtant ce dernier aurait pu être remis à neuf et aurait pu durer autant d’années encore. Ces clients se retrouvent avec un meuble pire que leur ancien meuble, après seulement quelques mois d’utilisation.

Les faits relatés ici sont vrais. Je ne suis pas en train de vous pousser notre produit entre les dents en vous racontant des bobards – comme certains hommes d’État peuvent faire. Comme vous, je suis aussi un consommateur qui cherche à obtenir le meilleur investissement possible pour un achat. Et bien que je sois le fondateur propriétaire de l’entreprise Luwiss, tous les commerçants ne sont pas des « arnaqueurs »!

Avant que je ne m’engage dans ce métier, je n’avais aucune connaissance sur la confection et la fabrication de meubles. Honnêtement, je n’avais même pas idée qu’on pouvait se poser des questions avant d’acheter un meuble. Pour moi, les principaux éléments à considérer se résumait à : 1-le « look », 2-Le prix, 3-la livraison. Pour le reste, je faisais confiance à ce que le commerçant me disait.

J’étais bien loin de penser qu’il pouvait y avoir des différences majeures d’un meuble à un autre, selon sa méthode de fabrication et les matériaux choisis. Aucun vendeur ne m’avait « allumé » sur ces différences et en aucun temps je n’avais entendu parler de productions délibérées de meubles jetables après seulement quelques mois d’utilisation, ce qu’on appelle l’obsolescence programmée. J’avais encore moins idée que les matériaux contenus dans ces meubles pouvaient non seulement s’user plus ou moins rapidement, mais qu’ils pouvaient aussi m’empoisonner par leurs composés anti-fongiques et retardateurs de feu, notamment. Il ne m’est jamais traversé l’esprit non plus qu’on oserait utiliser des tissus ou recouvrements si fragiles qu’ils ne passeraient même pas l’épreuve de la première année d’utilisation.

Était-ce l’âge de l’innocence ou de l’insouciance? Je ne saurais le dire mais c’était avant mon réveil brutal devant la réalité qui s’est produit lorsque j’ai suivi la formation en rembourrage artisanal de l’École des métiers du meuble de Montréal.

Un exemple de fabrication bâclée (photo de gauche)

comparatif de suspension de siège, sofa spring setup comparision

comparatif de durabilité de meubles
Avant de vous relater un contact classique de clients que nous vivons régulièrement, voici un exemple d’une confection volontairement affaiblie d’un système de suspension d’un meuble neuf (à gauche : photo prise dans un magasin grande surface très populaire) et celui d’un meuble usagé (à droite : meuble d’un client datant des années 60). Avec de telles configurations, la durée de vie estimée du meuble neuf sera d’environ 1 an, tout au plus. En comparaison, la suspension du meuble de droite âgée des années 60 n’a eu besoin que de réparations mineures, soit le remplacement des cordes stabilisatrices des deux côtés et de la toile de jute. Tout le reste était encore en parfait état.

Pourquoi de tels écarts de qualité des matériaux et de la confection? Simplement parce que les commerçant veulent vendre des meubles à bas prix et que leur durée ultra limitée n’a aucune importance. N’est-ce pas le prix le plus bas qui compte? (J’ironise ici, bien sûr.)

Un cas parmi tant d’autres….

Voici un contact classique d’un client qui a des problèmes avec son nouveau sofa. À noter que nous recevons ce type de contacts à chaque semaine chez Luwiss et nous pensons qu’il est temps d’en témoigner.

Client : « J’ai un sofa dont le siège est déchiré à certains endroits et qu’on dirait qu’on s’asseoit dans le vide en dessous. Est-ce que vous faite la réparation pour ça et combien ça coute? »
Luwiss : « Oui, on est en mesure de faire ce type de réparation, mais avant, dites-moi, depuis combien de temps avez-vous votre sofa? Est-ce que c’est un sofa que vous avez acheté récemment ou s’il s’agit d’un meuble âgé? »
Client : « Ah! C’est un très bon meuble. Je l’ai acheté l’année dernière. Ça fait un peu plus d’un an. Je l’ai payé un bon 900$. C’est pour ça que je veux le faire réparer. »
Luwiss : « Désolé, j’aime pas beaucoup être porteur de mauvaises nouvelles, mais un sofa d’à peine plus d’un an d’utilisation qui est déjà déchiré et dont le confort a déjà lâché, n’est pas un bon sofa. Un bon sofa devrait normalement durer 10-15 ans sans problème, voire 20-25 ans et plus selon les matériaux utilisés pour le recouvrir et le rembourrer. »
Client : « Donc, est-ce que vous pouvez faire la réparation ou non? »
Luwiss : « Oui, on peut réparer votre sofa, mais la vraie question à se demander c’est : est-ce que ça en vaut le coût. Parce que de faire une telle réparation vous coûtera plus cher que le prix du sofa neuf.
Client : « Vous dites que réparer est plus cher que d’acheter un autre meuble neuf? »
Luwiss : « Pour ce type de meuble, la réponse est oui. Plusieurs facteurs expliquent cela et ce n’est pas parce que nos prix sont exagérés. Il faut retenir que ces meubles ne sont pas conçus pour durer et encore moins pour être réparés. Les manufacturiers achètent leurs matériaux en très grande quantité et peuvent ainsi faire des économies d’échelles. Aussi, et on le constate bien, bon nombre de manufacturiers qui fabriquent des meubles neufs utilisent des matériaux de la moins bonne qualité possible et fabriquent leur structure de façon très rudimentaire et donc pas nécessairement solide. Leur but est de vendre un grand volume à bas prix de ces meubles, pas de faire des meubles durables que les consommateurs pourrons conserver longtemps. On veut vendre, vendre beaucoup et vendre souvent. Donc, il faut que les meubles aient des prix facilement abordables et qu’ils brisent rapidement, pour devoir les remplacer régulièrement. »
Client : « Mais on m’avait dit que c’était un bon meuble. »
Luwiss : « Je sais, les commerçants ne peuvent pas dire toute la vérité sur leurs produits, parce qu’ils savent très bien que ce qu’ils vendent n’est pas de qualité. Un meuble qui brise après à peine plus d’un an d’utilisation ce n’est pas un bon signe.
Pour qu’il en vaille le cout de faire réparer ou de remettre un meuble à neuf, il faut que sa structure soit durable. Si la structure du meuble est faible, il vaut mieux ne pas le faire. La solution rapide que vous aurez sera de le jeter et de le remplacer. Mais malheureusement, vous êtes ainsi condamné à ne vous procurer que des articles jetables. C’est difficile de s’en sortir.
L’idéal serait que vous soyez en mesure de mettre des économies de côté et d’attendre ainsi de vous procurer un meuble neuf ou de faire remettre à neuf un meuble usagé fabriqué avec un structure robuste et des matériaux durables.
C’est certain que ces meubles seront plus chers à l’achat, mais ils seront tellement plus économiques à moyen-long terme! C’est cette étape qu’il nous faut franchir pour se sortir de la spirale des dépenses sans fin à toujours devoir remplacer « la merde » proposée aux consommateurs à bas prix. »
Client : « Facile à dire, mais pas facile à faire. »
Luwiss : « C’est tout le défi de la consommation contemporaine : il faut de l’argent pour économiser. Et le marché actuel fait tout pour nous vider les poches continuellement, sans qu’on soit en mesure de mettre suffisamment de côté pour se procurer de la vraie qualité, qui dure et qui, de surcroit, ne nous empoisonne pas. Bon, je me calme, parce que vais encore radoter la même rengaine. »
Client : « Donc si je comprends bien, vous seriez capable de réparer mon meuble, mais ce n’est pas une bonne idée. Vous voulez donc que je le jette et que j’en achète un autre? »
Luwiss : « En faisant ça, vous serez pris avec le même problème dans quelques mois. C’est triste, mais c’est la réalité. Comme je viens de vous dire, pour vous en sortir, il vous faudra réussir à économiser pour éventuellement vous procurer un meuble durable, de qualité, et qu’il sera possible de réparer et de remettre à neuf.
J’aurais pu profiter de la situation et vous faire croire que votre meuble valait le coût pour une réparation, mais j’aurais aussi abusé de la situation. En réalité, vous avez déjà mis assez (trop) d’argent pour ce meuble. Il faut arrêter l’hémorragie.
Enfin, vous n’avez pas à me croire sur paroles. Si vous voulez, prenez un rendez-vous pour nous visiter et je pourrai vous montrer des exemples de meubles durables et non durables. Vous serez mieux en mesure de comprendre la situation. »
Client : « Je ne suis pas très contente d’entendre ce que vous venez de me dire, mais au moins merci de votre honnêteté. »